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Lettre à Madame la Duchesse de Bouillon


Lettre écrite en 1679 à Marianne Mancini, duchesse de Bouillon par un La Fontaine, de passage à Château-Thierry alors qu'il n'y a plus de demeure. Il habite pour quelque temps une petite dépendance du château de la ville et se plaint à celle qui est encore pour quelque temps sa protectrice de na pas la voir assez souvent, ni à C.T., ni à Paris. C'est la dernière année de protectorat de la duchesse du Bouillon. Elle disparaîtra bientôt, éclaboussée par quelque louche affaire à la Cour (affaire des poisons)



Me voici, Madame, arrivé dans un séjour qui s'est attiré autrefois l'honneur de votre présence, car il me semble qu'il y a longtemps que Votre Altesse n'y est venue. Je vous supplie très humblement de me permettre de cultiver des fleurs dans le parterre d'en haut : la principale raison qui m'oblige à vous demander cette grâce est d'orner un lieu où vous pourrez venir quelque jour. M. de La Haye m'a dit que vous vouliez me donner un logement dans le château pour peu que je demeure à Château-Thierry. J'accepterai cette grâce; mais je doute fort que j'y demeure plus de deux mois et pour des raisons d'intérêt. Paris me reverra plus tôt que je ne m'étais proposé. Cependant je ne m'imagine point qu'il y ait au monde une vue plus agréable que celle-ci. Il n'y a que votre présence qui m'en puisse récompenser. J'irai vous le témoigner plus souvent que je n'ai fait depuis quelque temps. Vous souvient-il que Votre Altesse nous amusa quatre heures durant chez Monsieur l'abbé de Chaulieu ? Nous étions quatre beaux esprits, sans compter Mlle de Lenclos , si charmés de vous entendre que nous n'eûmes pas le mot à dire. Quand il plaira au plus digne de tous les abbés, il renouvellera cet enchantement, et je l'en prierai, à condition qu'il y aura quelque peu de contestation et de dispute et que vous nous ordonnerez de n'être pas de votre sentiment contre le nôtre; car vous excellez dans ces sortes de conversations : elles ne feront point de tort au respect que chacun vous doit et que l'on aura pour vous. Je ne suis pas mauvais disputeur, et je n'en dois guère à Monsieur le duc de Vendôme. En attendant, que vous nous donnions cette comédie, je demeurerai Madame, de Votre Altesse le très humble et très obéissant serviteur,
DE LA FONTAINE.
A Château-Thierry, ce 2 septembre.
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W.Aractingi