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Les derniers moments de La Fontaine
La Fontaine et la Mort.


La Fontaine et la Mort?? Tiens.. Qu'écrivait-il donc à propos de la Grande Faucheuse, dans ses fables?

Elle frappe à sa porte, elle entre, elle se montre.
"Que vois-je? cria-t-il: ôtez-moi cet objet;
Qu'il est hideux! que sa rencontre
Me cause d'horreur et d'effroi
N'approche pas, ô Mort! ô Mort, retire-toi!"

(La Mort et le Malheureux)

Le trépas vient tout guérir;
Mais ne bougeons d'où nous sommes:
Plutôt souffrir que mourir,
C'est la devise des hommes.

La Mort et le Bûcheron

Il avait raison. C'est folie
De compter sur dix ans de vie.
Soyons bien buvants, bien mangeants :
Nous devons à la mort de trois l'un en dix ans.

(Le Charlatan)

Un mort s'en allait tristement
S'emparer de son dernier gîte;
Un curé s'en allait gaiement
Enterrer ce mort au plus vite.

(Le Curé et le Mort)... Une merveille, cette fable... On dirait du Brassens!!! (les quatre z'arts avaient fait les choses comme il faut... Mais je m'égare.... ;-)) )

La Mort ne surprend point le sage;
Il est toujours prêt à partir,
.....
Je voudrais qu'à cet âge
On sortit de la vie ainsi que d'un banquet,
Remerciant son hôte, et qu'on fît son paquet;
Car de combien peut-on retarder le voyage?
Tu murmures, vieillard! Vois ces jeunes mourir,
Vois-les marcher, vois-les courir
A des morts, il est vrai, glorieuses et belles,
Mais sûres cependant, et quelquefois cruelles,
J'ai beau te le crier; mon zèle est indiscret:
Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret.

(La Mort et le Mourant)

Quand le moment viendra d'aller trouver les morts,
J'aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords.

(Songe d'un habitant du Mogol)

Si l'on en croit cette dernière citation, ce doit être la fleur aux dents que notre ami Jean attend celle qui nous prend tous un jour ou l'autre. Raisonné et raisonnable, passé 70 ans, aux portes du XVIII° siècle, il sait que l'heure viendra bientôt. Et pourtant, ce n'est pas si calmement qu'il envisage son passage..

C'est en 1692 que la maladie commence à l'attaquer vraiment. Il a alors 71 ans et au mois d'Août, il écrit au chevalier de Sillery :« Je suis épuisé, usé, sans le moindre feu et ne sais comme j'ai pu tirer de ma tête ces derniers vers»

A la mi-décembre de cette même année, il tombe gravement malade et doit rester alité quelques mois. Son moral est au plus bas, d'autant que la maladie touche celle pour laquelle il a le plus d'affection: Madame de la Sablière, qui lutte depuis plusieurs mois contre la maladie qui l'a touchée: le cancer du sein. Épuisée, elle aussi, elle ne peut même plus se rendre à l'hôpital pour recevoir ses soins. Elle meurt le 6 Janvier 1693. Et, en laissant partir son amie, La Fontaine laisse aussi partit son goût pour la vie et pour les plaisirs.

La maladie lui laisse du temps de repos. Il utilise son temps pour lire et lire encore. Et ses lectures le ramènent au début de sa vie :à l'oratoire. Jean lit les Évangiles, et les lit plusieurs fois. Il retrouve Dieu qu'il avait si longtemps négligé. Il demande à parler à un prêtre. Arrive alors le jeune abbé Pouget qui aura une si grande importance dans la reconversion de La Fontaine. Les deux hommes parlent religion et théologie pendant presque deux semaines. La Fontaine se pose beaucoup de questions quant à l'existence de l'enfer et du paradis... Et puis, cet auteur des contes libertins que vous connaissez a du souci à se faire: ne risque-t-il pas la damnation éternelle, l'enfer réservé à ceux qui ont mal vécu? Pouget entrevoit bien que c'est là la brèche de l'homme et il insiste auprès de La Fontaine pour lui faire comprendre combien ces contes sont mauvais et contre la religion. Il insiste même beaucoup et fatigue énormément ce vieil homme malade. Tellement malade et tellement faible qu'il finit par être convaincu de ce que lui dit Pouget. Il n'a plus la force de le contredire. L'abbé Pouget le force à une confession complète.Il lui demande de reconnaître la légèreté de ses contes, doit promettre qu'il n'écrira rien d'autre qui puisse blesser l'église. Le cruel abbé l'obligea même à brûler une dernière pièce que La Fontaine avait dans ses tiroirs.

La santé de La Fontaine allant mal en pis, l'abbé Pouget pensa qu'il était temps de lui administrer les derniers sacrements. Cette cérémonie, selon l'abbé Pouget, devait aussi être pour le poète, l'occasion de renier publiquement ce qu'il avait écrit. Ce qui fut fait dans sa chambre. Il y avait fait venir quelques membres de l'Académie Française qui s'installèrent dans des fauteuils, comme au spectacle, pour écouter ce que La Fontaine avait à leur dire. Et voici ce qu'il leur dit:

« Monsieur, j'ai prié Messieurs de l'Académie Française, dont j'ai l'honneur d'être un des membres, de se trouver ici par députés, pour être témoins de l'action que je vais faire. Il est d'une notoriété qui n'est que trop publique que j'ai eu le malheur de composer un livre de contes infâmes. En le composant, je n'ai pas cru que ce fût un ouvrage aussi pernicieux qu'il l'est, on m'a sur cela ouvert les yeux, et je conviens que c'est un livre abominable. Je suis très fâché de l'avoir écrit et publié. J'en demande pardon à Dieu, à l'Eglise, à vous, Monsieur qui êtes son ministre, à vous, Messieurs de l'Académie, et à tous ceux qui sont ici présents. Je voudrais que cet ouvrage ne fût jamais sorti de ma plume et qu'il fût en mon pouvoir de le supprimer entièrement. Je promets solennellement en présence de mon Dieu, que je vais avoir l'honneur de recevoir, quoique indigne, que je ne contribuerai jamais à son débit et à son impression. Je renonce actuellement et pour toujours au profit qui devait me revenir d'une nouvelle édition par moi retouchée, que j'ai malheureusement consentit que l'on fît actuellement en Hollande.»

La Fontaine, avant de recevoir l'extrême onction, dut promettre de passer le reste de sa vie dans la prière et la piété et ne rien écrire d'autre que des livres de religion. Il eut l'occasion de tenir sa promesse et traduisit le Dies Irae. La Fontaine fait lire ce texte à l'Académie le jour de la réception de La Bruyère. C'est un texte magnifique ( à mon avis, ceci n'engage que moi...). Les vers sont extrêmement légers et agréables à lire, même si le sujet est moins gai que "Le cocu battu et content, Joconde ou Le Lunettes.."

Fais qu'on me place à droite, au nombre des brebis;
Sépare-moi des boucs réprouvés et maudits.
Tu vois mon cœur contrit et mon humble prière;
Fais-moi persévérer dans ce juste remords :
Je te laisse le soin de mon heure dernière;
Ne m'abandonne pas quand j'irai chez les morts.

 

Au mois de mai, il est guéri et peut à nouveau assister aux séances de l'Académie. En 1694, sortit ce que nous connaissons comme le livre XII des fables de Monsieur de La Fontaine.

Il déménagea en Mai 1694 et alla habiter rue Plâtrière chez Monsieur et Madame d'Hervard. Ses revenus étaient alors extrêmement modestes et sa condition était de plus en plus mauvaise. Monsieur d'Hervard lui offrit tout ce dont il avait besoin: un toit, une assiette pleine et une maison où il pouvait recevoir ses amis. il y vécut à peine un an. Un an riche d'événements. il allait très souvent à l'Académie où il était de plus en plus apprécié. La première édition du dictionnaire de l'Académie fut présenté au roi au mois d'Août. La Fontaine fit même une visite à sa femme, à Château-Thierry. Ce fut la dernière fois qu'il la vit. La maladie et la faiblesse revinrent en Janvier 1695. Un soir de février, de retour de l'académie, il fut pris d'un long malaise et écrivit en rentrant, une triste lettre à Maucroix, son fidèle ami.

Maucroix lui répondit le 14 février une lettre toute pleine de tendresse, d'amitié, mais aussi de joie de voir son ami prêt à la mort avec une âme toute donnée à Dieu. (je ne possède que quelques extraits de cette lettre, j'aimerais bien l'avoir entière pour la publier). Belle lettre d'amitié: En voici un court extrait: « Si Dieu te fait la grâce de te renvoyer la santé, j'espère que tu viendras passer avec moi les restes de ta vie, et que souvent nous parlerons ensemble des miséricordes de Dieu.»

Il mourut le 13 Avril 1695.

Voici, reproduit ci-dessous, l'extrait du registre des BMS (Baptêmes, Mariages, Sépultures) de la paroisse de Saint Eustache à Paris, annonçant le décès de Jean de la Fontaine

«Le jeudi 14°, défunt Jean de la Fontaine, un des quarante de l'Académie Française, âgé de soixante-seize ans, demeurant rue de la Plâtrière à l'hôtel Derval, décédé le 13° du présent mois a été inhumé au cimetière des Saints-Innocents.» Signé Chandelet.

Au moment de le préparer pour la mise en bière, on s'aperçut que le corps de La Fontaine était meurtri par un cilice qu'il portait depuis longtemps sûrement.

Il fut enterré au cimetière des Saints Innocents.

Pour terminer, deux citations.

D'abord cette magnifique oraison de Maucroix: « Le 13 Avril 1695, mourut à Paris mon très cher et très fidèle ami M. de La Fontaine, nous avons été amis plus de cinquante ans, et je remercie Dieu d'avoir conduit l'amitié extrême que je lui portais jusqu'à une si grande vieillesse, sans aucune interruption, sans aucun refroidissement, pouvant dire que je l'ai toujours tendrement aimé, et autant le dernier jour que le premier. Dieu,par sa miséricorde le veuille mettre en son saint repos. C'était l'âme la plus sincère et la plus candide que j'aie jamais connue: jamais de déguisement, je ne sais pas s'il a menti en sa vie; c'était au reste un très bel esprit, capable de tout ce qu'il voulait entreprendre. Ses fables, au sentiment des plus habiles ne mourront jamais et lui feront honneur dans la postérité.»

Enfin, les dernières lignes du splendide livre de Jean Orieux "La Fontaine ou la vie est un conte" (Flammarion) que je vous invite à lire absolument si vous voulez en connaître plus sur Jean de La Fontaine: «Tel fut La Fontaine. Sa mort ne fait qu'interrompre une enfance inachevée après soixante-quatorze ans d'une vie plutôt rêvée que vécue. Le trépas fut pour lui comme pour les vrais croyants, le passage d'un rêve à un autre, il sortit du « Songe» inoublié de la nuit de Vaux pour glisser dans celui de l'éternité.
Depuis, son rêve ne s'est pas dissipé, nous le retrouvons dans ses ouvrages. Nous y reconnaissons sa voix, ou plutôt sa musique. Elle répète doucement à chacun de ceux que ses vers continuent de charmer, ce qu'il disait un jour à Madame de La Fayette: Je vous aime, aimez-moi toujours»

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