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L' Enfant et le maître d'école.
 Livre I - Fable 19

Nous n’avons connu la fable d’Esope « L’Enfant au bain » qu’après le XVIIe siècle. La Fontaine n’a donc pas pu s’en inspirer. Il a par contre lu les fables traduites en latin de Lokman (ou Luqman), ce sage de la tradition arabe préislamique. De nombreux autres auteurs ont pu traiter ce thème mais en attribuant l’histoire à des animaux Faërne, Verdizotti ou Abstémius. Nous trouvons un thème semblable chez Rabelais (« Gargantua », I, XLII Comment le moyne donne courage à ses compagnons et comment il pendit à un arbre »). Le moine se plaint de ce que ses compagnons bavardent au lieu de l ’aider à se dégager de l’arbre qui le retient prisonnier »Aydez-moi, dist le moyne, de par le diable ! N’est-il pas bien le temps de jazer ? Vous me semblez les prescheurs décrétalistes, qui disent que quionques voira son prochain en dangier de mort, il le doibt, sus peine d’excommunication trisulce, plustoust admonnester de soy confesser et mettre en estat de grâce que de luy ayder. » (« Rabelais - Œuvres complètes » Edition établie et annotée par Jacques Boulenger, revue et complétée par Lucien Scheler, NRF, Bibliothèque de la Pléiade, 1955, p. 123).
Idée semblable dans saint Augustin (Lettre CLVII à saint Jérôme). La Fontaine aura bien d’autres occasions de critiquer les maîtres d’école (voir par exemple, « L’Écolier, le Pédant et le Maître d’un jardin » (Livre IX, fable 5).

Dans ce récit je prétends faire voir
D'un certain sot la remontrance vaine.

Un jeune enfant dans l'eau se laissa choir,
En badinant sur les bords de la Seine.
Le ciel permit qu'un saule se trouva
Dont le branchage, après Dieu, le sauva.
S'étant pris, dis-je, aux branches de ce saule,
Par cet endroit passe un maître d'école ;
L'enfant lui crie : "Au secours, je péris."
Le magister, se tournant à ses cris,
D'un ton fort grave à contre-temps s'avise
De le tancer : "Ah ! le petit babouin !
Voyez, dit-il, où l'a mis sa sottise !
Et puis, prenez de tels fripons le soin.
Que les parents sont malheureux, qu'il faille
Toujours veiller à semblable canaille !
Qu'ils ont de maux ! et que je plains leur sort !".
Ayant tout dit, il mit l'enfant à bord.

Je blâme ici plus de gens qu'on ne pense.
Tout babillard, tout censeur, tout pédant
Se peut connaître au discours que j'avance :
Chacun des trois fait un peuple fort grand :
Le créateur en a béni l'engeance.
En toute affaire ils ne font que songer
            Aux moyens d'exercer leur langue.
Eh! mon ami, tire-moi de danger,
            Tu feras après ta harangue.

Le magister: Le maître, en latin et plus spécialement ici, le maître d’école.

Babouin n’a rien à voir ici avec le singe du même nom. Il s’agit d’un nom donné péjorativement à de jeunes enfants. Richelet en donne la définition suivante « Petit sot, petit impertinent ». On donne aussi ce nom à un enfant qui babille.

Toujours veiller à semblable canaille: Dire qu’il faut bien s’occuper de tels fripons.

Il mit l'enfant à bord: Il retira l’enfant de l’eau et le mit sur la rive.

Tout censeur: Toute personne qui trouve toujours à redire.

L'engeance: Péjorativement toute espèce.

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ancre





W. Aractingy 81 x 100 cm, Juin 1993

Voyez aussi cette fable illustrée par: