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Les deux Chèvres
 Livre XII - Fable 4

Cette fable, dont la première parution eut lieu dans le « Mercure Galant » de février 1691, trouve sa source chez Pline l’Ancien (« Histoire naturelle », VIII, LXXXVI, 50) chez qui les deux chèvres trouvent un accord afin de permettre à chacune de passer le pont sans encombre. Elle était précédée d’une brève note « La fable qui suit doit vous paraître agréable par sa morale, et par l’heureux tour que l’auteur lui a donné ». Ce texte traite une nouvelle fois du thème de l’intelligence chez les animaux (voir à ce sujet le dernier texte du livre, le « Discours à Madame de la Sablière » ainsi que le « Discours à M. le Duc de La Rochefoucauld » - Livre X, fable 14 - ainsi que les notes traitant du thème des animaux-machines », thème fort en vogue depuis Descartes). Fénelon, le précepteur du Duc de Bourgogne appréciait cette pièce à sa juste valeur. Il l’a donnée comme sujet de composition latine à son élève. On possède encore le corrigé de la main de l’auteur des « Aventures de Télémaque ».

                 Dès que les chèvres ont brouté,
                Certain esprit de liberté
Leur fait chercher fortune ; elles vont en voyage
                Vers les endroits du pâturage
                Les moins fréquentés des humains.
Là, s'il est quelque lieu sans route et sans chemins,
Un rocher, quelque mont pendant en précipices,
C'est où ces dames vont promener leurs caprices.
Rien ne peut arrêter cet animal grimpant.
                Deux chèvres donc s'émancipant,
                Toutes deux ayant patte blanche,
Quittèrent les bas prés, chacune de sa part.
L'une vers l'autre allait pour quelque bon hasard.
Un ruisseau se rencontre, et pour pont une planche.
Deux belettes à peine auraient passé de front
                            Sur ce pont ;
D'ailleurs, l'onde rapide et le ruisseau profond
Devaient faire trembler de peur ces amazones.
Malgré tant de dangers, l'une de ces personnes
Pose un pied sur la planche, et l'autre en fait autant.
Je m'imagine voir, avec Louis le Grand,
                Philippe Quatre qui s'avance
                Dans l'île de la Conférence.
                Ainsi s'avançaient pas à pas,
                Nez à nez, nos aventurières,
                Qui toutes deux étant fort fières,
Vers (6) le milieu du pont ne se voulurent pas
L'une à l'autre céder. Elles avaient la gloire
De compter dans leur race, (à ce que dit l'histoire),
L'une certaine chèvre, au mérite sans pair,
Dont Polyphème fit présent à Galatée;
                Et l'autre la chèvre Amalthée ,
                Par qui fut nourri Jupiter.
Faute de reculer, leur chute fut commune.
                Toutes deux tombèrent dans l'eau. 

                Cet accident n'est pas nouveau
                Dans le chemin de la Fortune. 


C'est.... caprices:  Les textes de 1691 et de 1696 commençaient comme suit : « Les chèvres ont une propriété, 
C’est qu’ayant fort longtemps brouté, 
Elles prennent l’essor, et s’en vont en voyage 
Vers les endroits de pâturage 
Inaccessibles aux humains. 
Est-il quelque lieu sans chemins, 
Quelques rochers, un  mont pendant en précipices, 
Mesdames s’en vont là promener leurs caprices ».

Ayant patte blanche: Ce sont donc des chèvres de qualité .

Quittèrent les bas prés:  En 1691 et 1696 : « Quittèrent certain pré ; chacune de sa part ».

Ces amazones:  « Nos amazones » (variante de 1691 et 1696).

L'île de la Conférence: L'île des Faisans sur la Bidassoa. C'est là que se  tinrent les conférences pour la paix des Pyrénées (1659). Le 6 juin 1660, Philippe IV, père de Marie-Thérèse, y rencontra son gendre Louis XIV trois jours après le mariage par procuration du souverain français et de Marie-Thérèse. Ils s’y jurèrent amitié et secours réciproques.

Vers le milieu du pont: En 1691 et 1696, La Fontaine écrira : « Sur le milieu du pont ».

A ce que dit l'histoire: 1691 et 1696 : « L’une à l’autre céder, ayant pour devancière, / ». Nous retrouvons donc, dans la version définitive un hémistiche déjà rencontré dans « Le Cochon, la Chèvre et le Mouton » :
On s’en allait les vendre, à ce que dit l’histoire ».

Polyphème et Galatée: Allusion à l'amour du cyclope Polyphème pour la nymphe Galatée. Polyphème (dans Théocrite, « Idylle XI, vers 40) élevait des biches pour plaire à Galatée. La Fontaine en avait fait un opéra inachevé « Galatée » présent sur le site La Fontaine.

Amalthée est une des chèvres qui nourrit Zeus (et dont l’une des cornes devint la corne d’abondance) quand il fut caché en Crète par sa mère, la déesse Rhéa, pour le dérober à son père, Saturne.

La Fortune : au sens classique signifie « le sort ».

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W. Aractingy

Voyez aussi cette fable illustrée par: