A la découverte de Jean de La Fontaine
http://www.lafontaine.net

Les deux Taureaux et une Grenouille
Livre II - Fable 4


W. Aractingi 100 x 100 cm, Avril 1994

La fable est inspirée de Phèdre (« La Grenouille prudente »), mais le combat est tiré de Virgile (« Géorgiques », III, vers 215-241). Nous retrouvons le même motif chez de nombreux auteurs, chez le tragique Montchrestien, chez Sarasin ou encore chez Racine ou Scudéry.
Deux taureaux combattaient à qui posséderait
          Une génisse avec l'empire.
            Une grenouille en soupirait.
            « Qu'avez-vous?' »se mit à lui dire
            Quelqu'un du peuple croassant.
            «  - Eh ! ne voyez-vous pas, dit-elle,
            Que la fin de cette querelle
Sera l'exil de l'un ; que l'autre, le chassant,
Le fera renoncer aux campagnes fleuries ?
Il ne régnera plus sur l'herbe des prairies,
Viendra dans nos marais régner sur les roseaux ;
Et nous foulant aux pieds jusques au fond des eaux,
Tantôt l'une, et puis l'autre, il faudra qu'on pâtisse
Du combat qu'a causé Madame la Génisse. »
 

            Cette crainte était de bon sens.
            L'un des taureaux en leur demeure
            S'alla cacher, à leurs dépens :
            Il en écrasait vingt par heure.
            Hélas, on voit que de tout temps
Les petits ont pâti des sottises de grands.


Deux taureaux... empire: Certains voient dans ces vers une parodie du thème du mariage de la  princesse héritière. (voir « La Fontaine - Fables », préface et commentaires de Pierre Clarac, notes de Marie-France Azéma, Le Livre de Poche, n° 1198, 1996, p. 100, note 1).

Peuple croassant: S’agit-il d’une distraction de La Fontaine ou d’une confusion ? Toujours est-il que la grenouille coasse, alors que c’est le corbeau qui croasse. L’usage pourtant distinguait déjà les deux termes du temps du fabuliste.

En leur demeure: La demeure des grenouilles.

Les petits ont pâti des sottises des grands: Chez Phèdre, la maxime était « Les maux publics retombent sur le peuple ». Horace, quant à lui avait écrit dans sa Lettre à Lollius : « Les Grecs expient toutes les folies de leurs rois. » (« Epitre I, lettre 2, vers 14).