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A Monsieur de Vedôme


Quand on croyait la campagne achevée,
Et toute chose au printemps réservée,
Arrive un fait sous les ordres d'un roi
Né pour donner au monde entier la loi;
Sage et puissant, grand sur mer et sur terre,
Voulant la paix, quoiqu'il fasse la guerre
Avec succès depuis plus de trente ans;
Très bien servi par tous ses combattants
Craint au dehors, au dedans chacun l'aime,
Tout se soumet à son pouvoir suprême.
Or je croyais devoir m'étendre sur ceci;
Car vous l'aimez comme il vous aime aussi.
Il vous l'écrit (c'est beaucoup que d'écrire,
Pour un roi tel qu'est le roi notre sire)
Avec des mots d'estime et d'amitié;
Et je n'en dis encor que la moitié.

Venons au fait. En Piémont notre armée,
Sous Catinat à vaincre accoutumée,
Complètement a battu l'ennemi,
Et la Victoire a pris notre parti;
De Catinat je dirai quelque chose.
Sur lui le Prince à bon droit se repose
Ce général n'a guère son pareil;
Bon pour la main, et bon pour le conseil.
De vous, Seigneur, on en peut autant dire;
Et quelque jour je veux encor l'écrire.
C'est mon dessein. Sur ce, je finirai,
Vous assurant que je suis et serai
De Votre Altesse humble servant et poète,
Qui tous honneurs et tous biens vous souhaite
Ce mot de biens, ce n'est pas un trésor,
Car chacun sait que vous méprisez l'or.
J'en fais grand cas; aussi fait sire Pierre,
Et sire Paul, enfin toute la terre;
Toute la terre a peut-être raison.
Si je savais quelque bonne oraison
Pour en avoir, tant que la paix se fasse,
Je la dirais de la meilleure grâce
Que j'en dis onc : grande stérilité
Sur le Parnasse en a toujours été.
Qu'y ferait-on, Seigneur? Je me console,
Si vers Noël l'abbé me tient parole.
Je serai roi : le sage l'est-il pas?
Souhaiter l'or, est-ce l'être? Ce cas
Mérite bien qu'à vous je m'en rapporte
Je tiens la chose à résoudre un peu forte.
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W.Aractingi