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Le Florentin


Pamphlet vraiment méchant écrit par La Fontaine contre Lulli après le refus du misocien de faire paaite Daphnée.Ecrite vers 1675, cette pièce ne parut qu'n 1691, et encore, sous le manteau et sans l'accord de l'auteur qui avait, depuis, fait la paix avec Lulli.

Le Florentin
Montre à la fin
Ce qu'il sait faire
Il ressemble à ces loups qu'on nourrit, et fait bien
Car un loup doit toujours garder son caractère,
Comme un mouton garde le sien.
J'en étais averti; l'on me dit : “ Prenez garde;
Quiconque s'associe avec lui se hasarde;
Vous ne connaissez pas encor le Florentin;
C'est un paillard, c'est un mâtin
Qui tout dévore,
Happe tout, serre tout : il a triple gosier.
Donnez-lui, fourrez-lui, le glout demande encore
Le Roi même aurait peine à le rassasier. ”
Malgré tous ces avis, il me fit travailler;
Le paillard s'en vint réveiller
Un enfant des neuf Soeurs, enfant à barbe grise,
Qui ne devait en nulle guise
Être dupe; il le fut, et le sera toujours
Je me sens né pour être en butte aux méchants tours;
Vienne encore un trompeur, je ne tarderai guère.
Celui-ci me dit : « Veux-tu faire,
Presto, presto, quelque opéra,
Mais bon? ta Muse répondra
Du succès par-devant notaire.
Voici comment il nous faudra
Partager le gain de l'affaire :
Nous en ferons deux lots, l'argent et les chansons;
L'argent pour moi, pour toi les sons;
Tu t'entendras chanter, je prendrai les testons;
Volontiers je paye en gambades
J'ai huit ou dix trivelinades
Que je sais sur mon doigt; cela joint à l'honneur
De travailler pour moi, te voilà grand seigneur. »
Peut-être n'est-ce pas tout à fait sa harangue,
Mais, s'il n'eut ces mots sur la langue,
Il les eut dans le coeur. Il me persuada;
A tort, à droit, me demanda
Du doux, du tendre, et semblables sornettes,
Petits mots, jargons d'amourettes
Confits au miel; bref, il m'enquinauda.
Je n'épargnai ni soins ni peines
Pour venir à son but et pour le contenter
Mes amis devaient m'assister;
J'eusse, en cas de besoin, disposé de leurs veines.
« Des amis! disait le glouton,
En a-t-on?
Ces gens te tromperont, ôteront tout le bon,
Mettront du mauvais en la place. »
Tel est l'esprit du Florentin :
Soupçonneux, tremblant, incertain,
Jamais assez sûr de son gain,
Quoi que l'on dise ou que l'on fasse.
Je lui rendis en vain sa parole cent fois;
Le b ... Il avait juré de m'amuser six mois
Il s'est trompé de deux : mes amis, de leur grâce,
Me les ont épargnés, l'envoyant où je croi
Qu'il va bien sans eux et sans moi.
Voilà l'histoire en gros : le détail a des suites
Qui valent bien d'être déduites,
Mais j'en aurais pour tout un an;
Et je ressemblerais à l'homme de Florence,
Homme long à conter, s'il en est un en France.
Chacun voudrait qu'il fût dans le sein d'Abraham;
Son architecte, et son libraire,
Et son voisin, et son compère,
Et son beau-père,
Sa femme, et ses enfants, et tout le genre humain,
Petits et grands, dans leurs prières,
Disent le soir et le matin :
« Seigneur, par vos bontés pour nous si singulières,
Délivrez-nous du Florentin. »
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