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Ode pour la Paix


“ Loin de nous, Fureurs homicides,
Et toi, Démon qui leur présides,
Va dans le fond du Nord, séjour des Aquilons,
Mendier une retraite :
Nos bergers, dans ces vallons,
Contant leur peine secrète,
Désormais ne seront plus
Par ton bruit interrompus.
“ Déjà la déesse Astrée,
Par toute cette contrée,
Reconnaît ses derniers pas
Encore empreints sur la terre
Comme elle nous quitta les derniers d'ici-bas,
Ses temples dans nos États
Ne se sont point sentis des suites de la guerre.
Elle ne change point cette fois de séjour,
Car l'Olympe est partout où Louis tient sa Cour.
“ Fleuve, qui la revois, va-t'en dire à Neptune
Que tout est calme parmi nous.
Mars a quitté ces lieux; d'autres Démons plus doux
S'en vont courir les mers et tenter la fortune.
On ne verra nos matelots
Combattre, à l'avenir, que les vents et les flots.
Louis nous rend la Paix : son bras et sa conduite
Aux yeux de l'Univers ont assez éclaté,
Et l'Envie à la fin pleure d'être réduite
A connaître aussi sa bonté! ”
Ainsi disait Acante, et le dieu de la Seine,
Que l'horreur des combats retenait sous les eaux,
N'osant le croire qu'avec peine,
Sortit du fond de ses roseaux
Pour écouter cette nouvelle.
Toutes ses Nymphes, accourant
Auprès d'Acante, et l'entourant;
“ Contez-nous, lui dit la plus belle,
Ce fruit inespéré des armes de Louis. ”
Acante satisfit en ces mots l'immortelle;
Zéphire était présent, et les ayant ouïs,
Il m'en fit ce récit fidèle.
“ O Nymphe, il faut vous accorder
Ce que votre troupe souhaite :
C'est à moi d'obéir, à vous de commander.
Sachez donc que Bellone, impuissante et muette,
Souffre que ses enfants tâchent de la bannir;
Celle dont les faveurs ont ennobli la France,
Se laisse ôter toute espérance
D'y pouvoir jamais revenir.
“ Louis consent qu'elle nous quitte;
Elle lui dit en vain que bientôt ses exploits
A l'un et l'autre Rhin auraient joint sous ses lois
Les deux ceintures d'Amphitrite
Il eût pu tenter ces projets,
Mais le repos de ses sujets,
Celui de ses voisins, les soupirs de l'Europe,
Ont à la fin changé l'objet de ses désirs;
Et la savante Calliope
Ne nous chantera plus que jeux et que plaisirs. ”
Acante en eût dit davantage,
Mais on cessa de l'écouter.
Les Nymphes, au transport se laissant emporter,
Du doux nom de la Paix remplirent leur rivage.
Toutes plaçaient déjà Louis entre les dieux;
Elles voyaient que de ces lieux
A la fin Bellone exilée
D'alarmes pour toujours nous avait garantis.
Telle éclata la joie, aux noces de Pélée,
Chez les suivantes de Thétis.
Acante alla porter l'allégresse au Parnasse
Il trouva dans ses bois les doctes nourrissons
Occupés encore aux chansons
Que chérit le dieu de la Thrace.
Ils disaient qu'un de ses rivaux,
Un conquérant, par ses travaux,
Allait sous son pouvoir ranger la terre entière
“ Adoucissez, dit Acante, vos voix;
Chantez la Paix donnée; aussi bien, tant d'exploits
Sont une trop ample matière.
“ Et, vous, divinités à qui je dois les vers
Qui de jeux et d'amour ont rempli l'Univers,
Si j'ai toujours suivi votre troupe immortelle,
Faites qu'étant épris d'une nouvelle ardeur,
Je chante de Louis, non toute la grandeur,
Votre voix y suffirait-elle?
Vous-mêmes pourriez-vous d'un si rapide cours,
De victoire en victoire, à ce Mars de nos jours
Accommoder vos sons? Non, déesses, ma lyre
N'a point ce but et je n'aspire
Qu'à chanter une Paix digne de plus d'autels
Que les combats des Immortels. ”
Le dieu des vers sourit. “ C'est aux savantes Fées
D'en être seules les Orphées,
Non aux hommes, dit-il. Je t'apprends que ton roi
Fera plus pour son nom que tes pareils ni toi.
La Paix couronnera l'ouvrage de la guerre;
Et, comme Jupiter, ton prince fera voir
Qu'il sait par des bienfaits exercer son pouvoir,
Aussi bien qu'user du tonnerre.
L'Univers va changer : l'avenir m'est caché,
Ou le temps des beaux-arts s'est enfin rapproché;
Ils refleuriront tous : on verra, dans les nues,
D'autres Louvres, cherchant des routes inconnues,
Toucher de leur sommet la demeure des dieux.
J'évoquerai pour le théâtre
Les grands morts, grands sujets dont je suis idolâtre;
Tandis que, d'autre part, d'un soin laborieux,
Par l'ordre de Louis, cent traducteurs célèbres
Tireront du sein des ténèbres
Ce que Rome et la Grèce ont produit de plus beau
Homère et ses enfants, ressortis du tombeau,
Vont éterniser votre empire;
Tout deviendra français, Louis le veut ainsi.
Apollon t'annonce ceci,
Va chez les mortels le redire. ”
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